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Fondée par les Français à Port-Royal (aujourd'hui Annapolis Royal), l'Acadie se développa sur le territoire de l'actuelle Nouvelle-Écosse à partir de la première moitié du 17e siècle. Choisissant la neutralité en regard des guerres incessantes que se livraient alors la France et l'Angleterre, la petite colonie se voyait alternativement soumise à l'autorité de l'une ou l'autre de ces puissances européennes, jusqu'à ce que le traité d'Utrecht, en 1713, ne la cède définitivement aux Anglais.
La période de paix relative qui suivit vit l'Acadie prospérer et prendre de l'expansion, fondant des villages dans le bassin des Mines et jusqu'au sud-est du Nouveau-Brunswick. Mais en 1755, la petite communauté fut démembrée par un décret des autorités britanniques qui confisquait les biens de tous les habitants et les condamnait à la déportation.
Proscrits, dispersés aux quatre vents ou condamnés à vivre clandestinement, ils gardèrent le silence pendant de longues années. Ensuite, timidement d'abord, puis de plus en plus ouvertement, ils se refirent un pays sur les décombres de l'ancienne Acadie. Leurs terres d'origine ne leur appartenaient plus; mais ils se sont répandus dans les régions laissées de côté par les nouveaux maîtres et y ont peu à peu recréé une Acadie vivante, qui n'a pas d'existence officielle, mais qui s'affirme de plus en plus.
C'est cette période de réinstallation que nous recréons sur la partie 18e et 19e siècles de notre village historique. Autant qu'il était possible, c'est la vie dépouillée de ces temps difficiles qu'on a voulu illustrer ici. Ce dépouillement même nous paraît un titre de fierté, puisqu'il constitue un témoignage au courage et à la persévérance dont nos ancêtres ont fait preuve pour conserver, en dépit du mauvais sort, leur identité, leur langue et leurs coutumes.
Sur la deuxième partie du site, passé le petit pont couvert, nous évoquons l'entrée de l'Acadie dans le 20e siècle, alors que les nôtres commençaient, déjà moins timidement, à emboîter le pas au progrès et aux nouvelles technologies.
Aujourd'hui, les Acadiens, qui au moment de la Déportation se comptaient au nombre d'à peine quinze mille âmes, sont plus de deux millions. Dispersés, plusieurs rejetons de l'arbre originel ont pris racine sous d'autres cieux. En Louisiane, où plusieurs ont trouvé un refuge dans ces années pénibles, ils sont plus d'un million. On les retrouve dans toutes les provinces canadiennes, surtout au Québec, ainsi qu'aux îles Malouines (Falkland), en France, en Nouvelle-Angleterre. Beaucoup ont conservé le souvenir de leurs origines et se considèrent toujours Acadiens.
Mais c'est dans les Provinces maritimes du Canada (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Ile-du-Prince-Édouard) qu'ils se sont surtout affirmés. C'est à ce coin de pays, qui portait jadis le beau nom d'Acadie, qu'ils demeurent attachés. C'est ici qu'ils se sont donnés un drapeau, un hymne national, des institutions; c'est ici plus qu'ailleurs qu'ils ont regagné, grâce à leur ténacité, une part importante des droits qui leur avaient été enlevés. Au Nouveau-Brunswick, où ils forment un tiers de la population, leur langue est l'une des deux langues reconnues par le gouvernement, dans la seule province officiellement bilingue du Canada.
Nous ne sommes plus des déportés. Et si nous pouvons aujourd'hui faire cette affirmation la tête haute, sans crainte de personne, nous le devons à ceux qui ont vécu la tranche d'histoire que nous reproduisons ici. C'est un hommage que nous rendons à nos ancêtres, pour dire combien nous sommes fiers de ce qu'ils ont su conserver de cet héritage inestimable qu'ils nous ont légué et qui s'appelle la dignité.
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